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Tendances et avenir du financement associatif

cpca.gifLa CPCA a profité du lancement du diagnostic stratégique France 2025 pour s’essayer à la prospective. Sur la base de l’état des lieux du monde associatif réalisé par Viviane Tchernonog, cette approche – sans prétention scientifique – a permis d’entrevoir les grandes tendances qui pourraient marquer le financement des associations à l’horizon 2025.
Une contraction globale financements publics.

Les chercheurs-euses spécialisé-e-s sur le secteur associatif français dressent le même constat : un dynamisme actuel important en matière de créations d’associations et un taux de l’emploi supérieur à la moyenne nationale. Le tout accompagné par un essor du travail bénévole. Une autre grande caractéristique du paysage associatif d’aujourd’hui est liée à la répartition des financements : quelques très grandes associations concentrent l’essentiel des budgets. A côté de celles-ci, on observe un tissu extrêmement vaste de petites associations bénévoles avec de faibles budgets.

A partir de ce constat de départ, des évolutions sont perceptibles. La plus évidente d’entre elles se traduit par la contraction globale – annoncée et déjà amorcée – des financements publics avec une baisse significative des financements d’Etat. Tout laisse penser que les financements des Conseils généraux et régionaux ne viendront pas compenser la baisse de la contribution étatique. Parallèlement, une augmentation progressive des ressources liées à la générosité privée (dons, mécénat) est déjà à l’œuvre.

Des évolutions différenciées

L’augmentation des dons profitera surtout aux associations humanitaires et militantes disposant d’une bonne visibilité médiatique. Les grandes associations d’action sociale, culturelle et sportive pourraient être les plus affectées par la baisse des financements d’Etat. L’augmentation des financements des départements profitera surtout aux associations mettant en oeuvre des politiques publiques sociales et des activités d’animation des territoires locaux. D’une manière générale, par effet de vase communicant, si les financements publics se contractent, c’est du côté des financements privés que les associations vont devoir chercher des ressources complémentaires.

Perspectives et limites de la générosité privée

Si les financements privés sont en pleine croissance (19% d’augmentation entre 1999 et 2005), les dons et le mécénat ne représentent que 5% du financement total du secteur associatif. Même dans l’hypothèse d’un fort développement, ils ne pourront suffire à compenser la réduction des financements publics qui alimentent la moitié des budgets associatifs. Même si la France bénéficie d’un des régimes fiscaux les plus favorables d’Europe, les générosités privées peinent à dépasser un cercle restreint d’associations et de donateurs.

A long terme, la part des générosités privées pourrait modifier profondément la structure du financement du secteur associatif. Le modèle philanthropique américain, déjà en germe dans plusieurs pays européens, pourrait bien susciter les donations d’importantes de fondations d’entreprise. La question sera de savoir si l’encadrement juridique de ces pratiques ira de pair avec une véritable responsabilisation sociale des entreprises. Parallèlement, cette recherche accrue de financements privés favorisera le développement de « passerelles » entre associations et entreprises.

Le revers de la privatisation des financements

Les cotisations et la participation des usagers seront très probablement des moyens de compensation de la contraction des deniers publics. Ces dernières années, l’accroissement des associations de membres – principalement financées par les cotisations – a mécaniquement fait augmenter la part de cette ressource dans les budgets associatifs. Ce boom s’est traduit par une progression des cotisations de 42% entre 1999 et 2005. Cette logique structurelle devrait continuer à faire augmenter ce type de financement.

De leur côté, les recettes d’activités privées (ventes et participation des usagers) offrent les plus grandes marges de manœuvre aux associations : elles représentent un tiers du financement total du secteur associatif et sont déjà en croissance dans tous les secteurs. Cependant, toutes ces évolutions ont une face cachée qui méritera d’être débattue dans les années à venir. Le risque est effectivement réel d’orienter progressivement l’action des associations vers une seule catégorie de population.

Marché et mixité sociale

En 2005, le plan Borloo sur les services à la personne préfigurait déjà un schéma de « solvabilisation de la demande » non sans effet sur le secteur associatif. Les politiques publiques qui s’inspirent de ce schéma consistent à financer la demande, c’est-à-dire l’usager. Une telle politique a eu pour effet de confronter le secteur non lucratif à l’arrivée en masse, sur les services de proximité, de sociétés commerciales qui concentrent leur offre vers les publics les plus solvables.

L’impact global de ce nouveau schéma pourrait bien être le nécessaire resserrement des activités associatives vers les secteurs et les populations les moins rentables économiquement. Les populations favorisées accèderont ainsi à l’offre de services des entreprises privées lucratives et les plus défavorisées se tourneront vers les associations. Celles-ci seront alors confrontées à un cruel dilemme : aller à la recherche de la participation financière des publics solvables ou bien privilégier les publics précaires qui ne peuvent accéder au marché ? Implicitement et insidieusement, c’est le modèle de mixité sociale qui est en jeu.

Le défi de la mutualisation

Chaque année, 37.000 associations voient le jour. Cette démographie associative aura des conséquences sur les stratégies financières. Il est en effet peu probable que les financements augmentent dans les mêmes proportions que les années passées. Comment faire face à ce décalage qui met en concurrence les associations ? La mutualisation des ressources – monétaires (frais de gestion, dons) et non monétaires (emplois, compétences, locaux) – sera un défi posé au secteur dans les années à venir. L’idée est de financer à plusieurs ce que chacun ne peut financer seul. Dans le secteur culturel, des collectivités territoriales incitent et appuient déjà les projets de mutualisation [1].

Si le mot mutualisation est en vogue, sa concrétisation restera complexe. Elle nécessitera des compétences administratives, juridiques et de gestion. L’accompagnement sera la clé d’acquisition et de consolidation des ces savoir-faire. Dans ce cadre, la fonction d’accompagnement des têtes de réseaux associatives sera directement sollicitée. Nées elles-mêmes sur la base de démarches collaboratives, les fédérations associatives auront inévitablement un rôle à jouer dans la structuration de ces formes associatives innovantes.

Que serait la vie sans les associations ? Telle etait la question posée par la campagne de la CPCA à l’occasion des élections présidentielles de 2007. A l’aune de cet essai prospectif qui laisse deviner une profonde réorganisation des financements associatifs, cette question prend une autre tournure : Quelle place pour les associations dans le futur ? Prestataire ou partenaire de l’intérêt général ? Pour le moment, aucune réponse politique n’est donnée. Peut-être est-ce aussi une explication de la forte inquiétude des acteurs associatifs.

Emmanuel Gagnerot et Virgine Roé

 

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